Les Schlumberger sont originaires de la Souabe, région de l’Allemagne du Sud, aujourd’hui englobée dans le Bade Wurtemberg.

Claus Schlumberger fût le premier de la famille à s’installer à Guebwiller au XVI ème siècle, au temps des Abbés de Murbach. Très vite il s’opposa à l’hégémonie desdits Abbés et partit s’installer à Mulhouse, ville libre depuis le XIVème siècle et ralliée au protestantisme. A la mort de Claus, beaucoup de Schlumberger de Souabe vinrent s’installer à Mulhouse pour y exercer comme lui la profession de tanneur, ainsi nombre de générations de Schlumberger se succédèrent, ce qui au XVIIème siècle en faisait la famille la plus nombreuse de Mulhouse.

Peter Schlumberger (1750-1830), père de Nicolas, investît son argent dans l’entreprise de Jean-Henri Dollfus, qui était la plus importante manufacture d’indiennes de l’époque.

Son fils, Nicolas Schlumberger, né en 1782, 12ème génération de Schlumberger, s’installa à nouveau à Guebwiller en 1810 où il créa sa fabrique de machines textiles qui rencontra vite un grand succès. Dans un souci d’enracinement propre à cette bourgeoisie manufacturière, il acheta également quelques 20 hectares de vignes : les Domaines Viticoles SCHLUMBERGER étaient nés.

Il épousa Marie Elisabeth Bourcart dite Lise dont il eut 9 enfants. Nicolas mourut en 1867 en laissant une entreprise prospère à ses 3 fils les plus motivés : Nicolas (fils), Jean et Adolphe.

Les deux frères, Nicolas (fils) et Henri, se retirèrent vite de l’affaire après le décès de leur père. Jean régla la succession : des hectares de vignes, champs et forêts.

Jean épousa Clarisse Dollfus en 1845, ils eurent 6 garçons.

Ernest, l’un des fils, épousa Caroline Trautmann en 1882 (ils eurent 7 enfants dont 2 moururent jeunes). Passionné de forêt, il s’installa au château de Bonnefontaine, cadeau de son père Jean.

Paul, autre fils de Jean, épousa Marguerite de Witt dont il eut 6 enfants. Pour éviter que ceux-ci ne prennent la nationalité allemande, au temps de l’annexion de l’Alsace par les Prussiens, Paul quitta les affaires familiales et s’installa à Paris. Ses fils : Conrad, Marcel et Daniel firent des recherches de forage et partirent aux États-Unis où ils créèrent la société pétrolière Schlumberger (compteurs électriques, cabines téléphoniques, parcmètres, etc...). Maurice, l’un des autres fils de Paul, créa la banque Neuflize, Schlumberger et Mallet (N.S.M).

A Guebwiller, Ernest père envoya son fils à Guebwiller pour s’occuper de l’entreprise de machines textiles et du vignoble. Ernest fils (1885-1954) épousa Christine Schlumberger (1894-1971), sa cousine germaine, dont il eut deux filles : Anne (1914) et Clarisse (&919). Ces trois femmes exceptionnelles dont nous avons emprunté le nom pour nommer nos plus prestigieuses cuvées.

Ernest (fils) passionné par le vignoble y consacra toute sa vie. Soucieux du renom et du prestige d’une famille dont les origines remontent à l’an 1410, il fût le seul à effectuer les travaux considérables de replantation après la crise du phylloxera. Il parvint ainsi à agrandir le vignoble (de 40 hectares il l’amena à 110 hectares) et instaura le système de plantation à l'horizontale.

Anne épousa Roger Koch dont elle a 4 enfants, Clarisse épousa Jean Beydon dont elle a 3 fils.

A la mort de Christine Schlumberger en 1971, Eric Beydon-Schlumberger, fils aîné de Clarisse s’installa à Guebwiller pour y reprendre la suite et régler la succession de Christine, comme son ancêtre Jean l’avait fait dans le passé. Depuis la retraite de mon père Eric, en 2001, c’est son frère Alain Beydon-SchlumbergerThomas Schlumberger mon frère et moi même qui reprenons le flambeau.

Pour terminer j’aimerai vous citer un passage du livre de ma grand-mère Clarisse (Schlumberger : racines et paysages par Clarisse Schlumberger aux éditions Oberlin) qui reflète parfaitement notre état d’esprit quand à la gestion de ces entreprises familiales.

Si certains de ces Schlumberger paraissent avoir incarné l’idée que l’on se fait de la réussite, ils avaient bien trop le sens du relatif pour tirer vanité de leurs succès ou pour se croire arrivés. Ce ne fut sans doute ni l’argent ni le pouvoir qui les fit courir, car ils étaient avant tout des passionnés. Pourtant conscients de leurs responsabilités vis-à-vis de ceux qu’ils entraînaient dans leur sillage et aussi exigeants vis-à-vis des autres que vis-à-vis d’eux-mêmes, leur succès ne tint jamais qu’en une œuvre collective où chacun apporta le meilleur de lui-même.

Séverine Schlumberger